Le prieuré de Chamalières-sur-Loire, un joyau de l’art roman


Le prieuré de Chamalières-sur-Loire, un joyau de l´art romanLe prieuré de Chamalières-sur-Loire est composé d’une église (construite aux XIème et XIIème siècle), d’un bâtiment conventuel et d’un jardin. Il semble qu’à l’origine, ce jardin était enceint de deux autres bâtiments, lesquels ont disparu, notamment du fait des crues régulières de la Loire.

L’église de Chamalières-sur-Loire obtint son classement en tant que monument historique en 1859 à la requête du curé Jean-Joseph Brive. C’est donc principalement à l’administration des Beaux-Arts et à la volonté des municipalités successives que nous devons sa restauration.

Lorsqu’on pénètre dans cet édifice, l’impression est envoûtante. Le jour se répand harmonieusement à travers la nef et les bas-côtés, tandis que le regard se perd plus loin dans un clair-obscur baignant une abside aux dimensions insolites. C’est en effet la disposition de l’abside qui donne à cette église son caractère à part : un vaste sanctuaire plus large que la nef et les bas-côtés réunis, à peine éclairé par de toutes petites fenêtres et couvert d’une voûte en cul-de-four… L’église est donc spacieuse. Elle fut conçue pour accueillir les foules et les abriter la nuit. N’oublions pas que Chamalières-sur-Loire a été pendant huit siècles un lieu de dévotion et de pèlerinage…

Chaque année, au mois d´août, l´église accueille un concert du célèbre FESTIVAL DE MUSIQUE SACREE DE LA CHAISE-DIEU.

Petite visite guidée :

Plan de l´église romande de Chamalières-sur-loire
Passé l’entrée principale, le visiteur commence par s’arrêter devant un grand bénitier roman (1,35 mètre d’élévation sur socle). Il date du XIIème siècle. Il est constitué par quatre statues dressées sous des baldaquins. Celles-ci représentent deux prophètes et deux rois d’Israël : Isaïe et Jérémie (tenant banderole), David et Salomon, l’un avec sa harpe, l’autre avec son sceptre. Le bénitier servait probablement de support au cierge pascal comme le laisse supposer une tige de fer brisée située au fond de la vasque. A noter que la tête imberbe de Salomon n’est pas d’origine. Elle a été sculptée par un artisan du pays entre 1883 et 1886.

Le visiteur prend ensuite à droite et découvre contre le mur du collatéral sud la porte primitive de l’édifice datant du XIIème siècle. Déposée là en 1893, elle est un précieux témoignage de l’art artisanal du Moyen Age. La porte possède deux vantaux. Ses dimensions sont de 2,50 m x 4m10. Elle est faite de planches en cœur de pin sculptées, posées jointives, assemblées par des pentures de fer et garnies de clous (encore nombreux dans la partie supérieure). Le tout est peint sur fond vermillon. Quelques couleurs subsistent dans la partie haute, mieux protégée des intempéries. Celle-ci mérite d’ailleurs toute l’attention. Une bordure assez large est ornée d’entrelacs se terminant par des feuilles. Les traces de polychromie (rouge et vert) permettent d’imaginer la beauté de l’ensemble des deux vantaux. Chacun d’eux est divisé en quatre tableaux. En haut, on distingue une croix aux quatre branches égales, ornée de cinq disques hémisphériques saillants, avec un fond décoré d’entrelacs et de sculptures. On y devine aussi un sagittaire et un aigle (dans le vantail de gauche) et un lion ailé et un oiseau à queue de lion (dans le vantail de droite). Au-dessous, on distingue deux guerriers à cheval croisant leur lance. Plus bas, on voit une bande horizontale. Elle forme de chaque côté, et ce par des enfoncements carrés ménagés dans l’épaisseur du bois, quatre petites croix. Une dernière plate-bande laisse apercevoir un cavalier. Devant lui un animal à cinq têtes semble barrer la route. Le tout est garni de clous saillants disposés de manière irrégulière.

A proximité de cette porte, le sol est en partie pavé de dalles. Dans l’ancien cimetière, ces dernières servaient de pierres tombales. Elles portent en relief des emblèmes funéraires, des inscriptions et des blasons.

Le bénitier et la porte du XI eme siècle de l´église de Chamalières sur LoireLe visiteur s’en va tout droit. Il atteint le bras du transept sud, au bout du bas-côté, où se trouve l’autel de la Sainte Vierge (la statue paraît dater du XVIIème siècle). Une travée du chœur fait suite au transept. Sur la base du pilier (n°4 du plan de l’église), face est, il peut distinguer un lambeau de fresque admirablement restaurée qui figure un « Jésus docteur » flanqué d’un aigle symbolisant Saint Jean (à l’origine, il était entouré des quatre évangélistes). On remarquera tout en haut du pilier, sous le chapiteau, une statuette … Peut-être un moinillon de dos s’agrippant au fût…

Ensuite, le visiteur pénètre et circule dans l’abside, autour du choeur. L’abside frappe par sa grandeur. Plus haute et large que la nef et les bas-côtés réunis, elle recèle en sa périphérie quatre absidioles voûtées en quart de sphère. De part et d’autre des deux absidioles centrales, à l’ancien emplacement du banc des châtelains Jourda de Vaux du Rhuiller, se dressent deux socles de pilier ou piédestaux. Ils sont taillés en colonnettes ou pilastres cannelés et portent encore trace de peintures : sur le socle de droite (n°5 du plan), une religieuse bénédictine serrant un cierge allumé, sur celui de gauche (n°6 du plan), un moine bénédictin au doigt levé (vraisemblablement Sainte Scholastique et Saint Benoît).

En levant les yeux, le visiteur constate que sur trois rangs horizontaux la voûte est criblée d’une trentaine de trous ronds. Des échéas en fait. Ce sont des vases en terre servant de caisses de résonance. Les uns sont à fond conique, les autres sont à fond plat. Profonds de 10 à 35 cm et disposés la tête en bas, ils offrent à l’édifice une acoustique exceptionnelle.

Puis, le visiteur rejoint la travée du chœur devant l’autel. Au revers du pilier du chœur (n°7 du plan), il trouve la fresque d’une « vierge-mère » entourée de deux anges adorateurs tenant un encensoir.

Le visiteur se dirige ensuite vers le bras nord du transept où se situent la sacristie et l’autel de Saint-Gilles (n°8 du plan). La statue du saint, patron de Chamalières-sur-Loire, est en bois doré et paraît remonter à la fin du XVIIème siècle. Elle est surmontée d’un vitrail figurant Saint-Gilles en moine bénédictin grandeur nature. A noter que tous les vitraux ont été installés en 1875. Ils sont en pur Saint-Sulpice.

Le visiteur parcourt le bas-côté nord, et dans la dernière travée, il découvre les fragments du Tombeau de l’Evêque (n°9 du plan), incorporés au mur. Ils sont en pierre polychromée, datent du XIIIème siècle, et ont été rassemblés en 1972 par le service des Monuments historiques. Noël THIOLLIER, qui servit de guide pour Chamalières aux membres du 71ème Congrès archéologique de France tenu au Puy en 1904, en fait la description suivante: « Ce sont, dans le bas, deux arcatures trilobées de profil torique et côtoyées d’un galon perlé. Au-dessus, le défunt, un évêque mitré, les bras croisés sur la poitrine, est soutenu par deux personnages. Des moines, dont un abbé tenant une crosse, sont agenouillés devant lui. Un autre lui présente une tête qui paraît être un reliquaire. Dans une gloire ovale, l’âme du défunt représentée comme toujours sous la forme d’un enfant nu, est reçue par un saint tenant une crosse ». Ce motif est aujourd’hui placé sur le côté droit (en regardant le tombeau). Au-dessus du fragment central, un bas-relief représente Saint-Pierre tenant d’une main une clé, de l’autre un livre ouvert, pour l’introduction des élus au ciel. Enfin, on pense que le défunt est Etienne de Chalencon, évêque du Puy, élu par le chapitre en 1220 après l’assassinat de Robert de Mehun à Saint-Germain-Laprade. Etienne de Chalencon, mort en 1231, présida au Puy à l’établissement des dominicains et des franciscains. Il fut bienfaiteur de Notre-Dame du Puy et du monastère de Chamalières.

Le visiteur ne sort pas de suite. Il revient sur ses pas jusque vers une porte vitrée (n°10 du plan) qui donne accès à ce qui reste de l’ancien cloître. Deux colonnettes avec chapiteaux, dont l’un est orné d’entrelacs, entourent la porte. Au-dessus de l’archivolte, une frise en pierre sculptée, mutilée dans sa partie centrale, laisse percevoir sur les retombées deux sculptures intéressantes : à gauche, un homme faisant la culbute, tête en bas et pieds en l’air, qui semble tomber dans la gueule d’un animal prêt à le dévorer (le damné), à droite, un lion accroupi sur ses pattes de devant, qui se prosterne devant le buste d’un homme portant vraisemblablement un agneau sur les épaules (le bon pasteur). Autant de thèmes qui expriment l’inquiétude du temps…

Plus qu’à longer un jardin d’agrément et découvrir le bâtiment de l’ancien cloître. Six arcades du XIIème siècle à colonnes géminées et une tourelle d’angle lui confèrent un cachet indiscutable. Dans la galerie, un sarcophage de pierre repose vide et sans couvercle.
A noter que le réfectoire de l’ancien monastère a été transformé en une magnifique salle avec cheminée en pierre, meubles anciens, stalles. Ici, se réunissent occasionnellement le Conseil municipal et les associations locales.

Bien sûr, il ne faut pas manquer de s’attarder sur le clocher à deux étages datant de 1900. Autrefois, le clocher de l’église de Chamalières ne comportait qu’un étage. S’il a été reconstruit par mesure de sécurité, le coq en bronze fondu, lui, est d’origine. Enfin, les baies en plein cintre dissimulent trois cloches. Avant la Révolution, elles étaient au nombre de quatre, mais sous la terreur, trois furent cédées pour la fonte des canons. Aujourd’hui, il reste donc la cloche rescapée (datant de 1741), plus deux autres, « Marie-Marguerite » et « Bernadette », offertes en 1900 par deux généreux paroissiens.